Historique et Patrimoine

LE PATRIMOINE ARCHITECTURAL


Le patrimoine architectural ancien

Saint-Benoît-du-Sault, établi sur un promontoire rocheux à la limite du Berry et du Limousin, possède un patrimoine bâti de qualité qui s’étale du onzième siècle à l’époque contemporaine.

  Son église date des premières années de l’an mil.
Bâtie sur les plans des basiliques anciennes, elle présente des particularités qui en font « un des témoignages les plus émouvants sur les débuts de l’art roman en France » : vaste et lumineux volume, charpente en carène, piliers massifs quadrangulaires agrémentés de colonnes en délit, chapiteaux archaïques…
Sa tour du clocher, reconstruite au quatorzième siècle, abrite un baptistère monumental monolithe de facture carolingienne.
L’abside en cul de four a conservé les vitraux colorés de l’atelier Laubo de Tours, tandis que tous les autres, bien en accord avec la sobriété des maçonneries, ont été réalisés dans les années 1990 par le maître verrier Jean Mauret.

  Contigu à l’église, un très important prieuré bénédictin est constitué de trois ailes disposées en peigne autour de deux cours intérieures.
La partie la plus ancienne, des quinzième et seizième siècles, domine une pièce d’eau créée au moyen âge. L’aile orientale, la plus importante, reconstruite au début du dix-huitième siècle, est caractéristique de l’architecture mauriste, largement ouverte sur le paysage et la lumière. Dans l’aile centrale, une vaste salle voûtée, ancien cellier du moyen âge, a été surélevée par des constructions également du dix-huitième siècle.

  L’église, le prieuré et les jardins qui les entourent, ainsi que la digue de l’Etang, sont classés au titre des Monuments Historiques depuis le 21 Octobre 2011.



  La ville ancienne

Des terrasses qui bordent l’ensemble monastique on découvre, de plusieurs cotés, les maisons de la cité qui s’étagent sur les pentes de la colline en un pittoresque désordre.
Au plus près, sur une arête rocheuse, les maisons du Fort se serrent à l’intérieur de solides remparts. De cette extrémité, la plus anciennement construite, on peut gagner, par une porte fortifiée ou par un chemin de ronde, la partie commerçante de la ville.
Celle-ci, à l’intérieur d’une seconde ligne de remparts plus modestes, est faite de constructions de différentes époques mais constitue un ensemble homogène par la nature des matériaux, l’ocre des enduits, les toitures de petites tuiles brunes, les devantures peintes…..On y découvre cependant les signes de tous les âges de l’architecture : des façades à colombages ou en granite appareillé, des linteaux à accolade ou de larges ouvertures en anse de panier, quelques meneaux conservés aux fenêtres, des portes cloutées …une vingtaine de tours accolées aux habitations qui abritent leur escalier, un beffroi de ville, les restes d’un chemin de ronde sous toiture, sans parler des caves encore secrètes mais dignes de réhabilitation.

Le patrimoine architectural moderne

Après la période d’entre les deux guerres qui a vu se construire, le long des routes d’accès, des pavillons dont on appréciera bientôt la fantaisie, la commune, à partir de 1978, s’est engagée à compléter son patrimoine ancien par des constructions contemporaines de qualité, confiées à des architectes et paysagistes de renom :
- de Jean-Louis Paulet, les habitations et les jardins en terrasse des Fontbraux,
- de Davsko Natchev, alors professeur d’architecture à Paris-La Villette, une grande salle de sport, version high-tech du volume des  granges traditionnelles,
- de Paul Chemetov, Grand prix national d’architecture qui construisait dans le même temps le ministère des Finances et  rénovait le Museum d’Histoire naturelle, les maisons de la Grande Ouche, le collège, le centre de secours, la gendarmerie et récemment un nouveau gymnase,
enfin de Jacques Ripault, auteur du MacVal musée d’art contemporain du Val de Marne, une salle pour les spectacles.

La qualité et l’originalité de ces constructions, de même leur liaison étroite avec le bourg ancien, et les interventions sur les espaces extérieurs d’Alexandre Chemetoff et Gilles Clément, respectivement Grand prix national d’Urbanisme et de Paysage ont conduit la Commission nationale à doter Saint-Benoît-du-Sault, malgré sa petitesse, d’un Secteur sauvegardé qui comprend à la fois le secteur ancien et la partie contemporaine de la commune.

 

LE PATRIMOINE ENVIRONNEMENTAL


Il est également digne d’intérêt…

Saint-Benoît est situé dans le Boischaut Sud, pays de bocage, contrastant avec les trois autres régions  naturelles de l’Indre : la Champagne Berrichonne (plaine céréalière), la Brenne (prairies, landes et étangs), le Boischaut Nord (de plus en plus tourné vers la grande culture).

Au début du XIXème Siècle, le bocage était déjà solidement  installé en Boischaut Sud. Dans son mémoire Statistique du Département de l’Indre, le Préfet Dalphonse évoque ainsi « la partie qui est entrecoupée par des haies vives ou mortes, des fossés, des bois ».Termes repris par des notables « agromanes » revenus sur leurs terres goûter les charmes de la vie campagnarde, expérimentant de nouvelles méthodes agricoles, entraînant métayers et paysans dans la voie de la modernité.

Au milieu du XIXème Siècle,  nombre d’entre eux, dans leurs écrits, campent le décor dans lequel ils vivent et se plaisent. Georges Sand, elle-même, raconte tous ces éléments de paysage, vision douce et optimiste d’une campagne que l’auteur a aimée pour l’avoir parcourue en tous sens. Plus tard, Maurice Rollinat observait, lui aussi, ce paysage vivant et animé, avec, partout, des animaux domestiques, laissant deviner, tout près, la présence du paysan

Au XXème Siècle, même description des géographes avec, notamment, Paul Vidal de La Blache en 1903, plus tard, dans les années 30, l’instituteur Camille Duplan et son contemporain le géographe Laplace.

Le Boischaut Sud donne l’impression d’un paysage qui, depuis deux siècles au moins, ne semble pas avoir bougé, et semble composer « la vraie campagne », la campagne rêvée qui exprime «  l’ordre éternel des champs » et cela davantage que la  Champagne Berrichonne et ses damiers géométriques, la Brenne et ses mosaïques plus incertaines. Ici, le doux s’allie au bucolique, la souplesse des formes à la variété des couleurs : de ces mélanges résulte une image belle et simple, peinte en vert et composée d’herbes, de buissons, de grands arbres juxtaposés. Une image qui, par certains aspects, fait écho à l’idyllique vision «  des perpétuels berceaux de feuillage » chers à Georges Sand. Sentiment d’immuabilité, de sérénité.

En Boischaut Sud, le sol n’a pas porté les mêmes hommes ni eu la même chance « parisienne » que d’autres régions : ici point d’argent, point de remembrement, et les vaches ont pu, comme dans les années 1920, continuer leur paisible rumination à l’ombre des arbres. Dans une certaine mesure le paysage fut préservé.

Néanmoins, touche après touche, jour après jour, le bocage subit, surtout depuis deux décennies, des plaies liées au mode d’exploitation agricole moderne exigeant des chemins plus larges, des parcelles plus grandes, des champs plus fonctionnels pour des exploitations plus vastes où travaillent moins d’hommes …

Heureusement, en maints endroits, la vie reste sensible. Des haies soigneusement taillées au carré, pointées de quelques chênes, d’autres encore hautes et touffues, des champs sombres qui sentent la terre fraîchement remuée, des vaches qui ruminent paisiblement à l’ombre d’un frêne, des tracteurs qui ronronnent dans le lointain, tout cela donne de la couleur et de la vie, témoigne que l’agriculture s’accroche et veut durer. Ici le bocage garde ses hommes avec leurs gestes agricoles, ses vaches et ses moutons, c'est-à-dire l’essentiel.

Au sud du Boischaut Sud … Saint-Benoît-du-Sault..

En plein pays de bocage, le ruisseau le « Portefeuille » s’est installé dans une faille  qui enserre Saint-Benoît, y creusant une vallée dont le pittoresque ajoute au charme de la petite ville. Un peu en aval, il franchit en cascade un amas de rochers que George Sand a décrit dans ses Légendes Rustiques. Sous le Prieuré, il s’étale en un modeste lac, appelé « l’Etang de Saint-Benoît », aux rives sinueuses et boisées puis franchit par deux arches une digue du XVIIIème siècle classée aussi Monument Historique. Après de nouvelles cascades, il contourne des jardins en terrasse, l’à pic de « La Roche » et poursuit son cours dans une vallée encaissée qu’empruntait aussi la voie étroite d’un chemin de fer, aujourd’hui abandonnée aux promeneurs… qui viennent « vivre la campagne ».

 

LE PATRIMOINE ARTISTIQUE


Paysage et village n’ont pas manqué d’attirer depuis longtemps les artistes.

Au début du dix-neuvième siècle, les premiers peintres paysagistes ont fréquenté les environs de Saint-Benoît-du-Sault. Jules et Victor Dupré, Troyon, Cabat, Théodore Rousseau ont contribué à faire de ces paysages l’archétype d’une campagne idéale.

Si, à la suite de Claude Monet, l’attention des peintres s’est ensuite portée sur la toute proche vallée de la Creuse, dans la première moitié du siècle dernier, d’autres artistes, Weismann, Pernelle, Hertenberger, ont été séduits par le village lui-même.

Puis, dans une dernière période qui commence à la fin des années 1970, ce sont des créateurs de toutes les disciplines qui ont contribué à enrichir son patrimoine, animer sa vie culturelle, et fait connaître plus largement cette petite cité éloignée des grandes agglomérations.

Avec les architectes déjà cités, Chemetov, Ripault, Paulet, Natchev, les paysagistes Clément et Chemetoff, d’autres ont réalisé des ouvrages dignes d’intérêt, Laprade, Lebouteux, Dedieu, Sill, Delsalle, Tougeron, Chabrol, Laberthonnière, Robinne, Crémel, Jourd’heuil …

Les photographes y sont venus aussi en grand nombre, dont quelques ouvrages permettent de conserver la trace de leur travail :

Willy Ronis fidèle parmi les fidèles, René-Jacques, John Davies, Jean Dieuzaide, Philippe Jourdrain, Jean-Baptiste Huynh…

Parmi les peintres contemporains, Desbouiges, Walstra, Guyoton y ont vécu, ajoutés à tous ceux dont les œuvres y ont été exposées.

Autour de Wim Baarens, chef d’orchestre hollandais créateur de plusieurs festivals dont les Rencontres internationales de la musique de Saint-Benoît-du-Sault, puis de Martin Kubich, créateur du Festival des Bouchures avec l'association Tutti Arti, de très nombreux solistes et concertistes ont pu se féliciter de l’excellente acoustique de l’église.

Invités régulièrement en résidence par Djamel Meskache et Claudine Martin des éditions Tarabuste, une pléiade d’écrivains et de plasticiens, dont Louis Calaferte, Paul-Louis Rossi, James Sacré, Dominique Grandmont… d’autres aussi comme Didier Dænincks ont été inspirés par cette région qu’avaient autrefois illustrée le poète Émile Vinchon et le romancier Gaston Chéraud.

Des passionnés de théâtre, Roxane Rizvi, Jean-Marc Luneau, François Tardy  y ont créé des spectacles ou donné des pièces de Gatti ou de Lagarce…

Enfin des metteurs en scène de cinéma et de télévision se sont servis de nos paysages et de nos villages pour des œuvres de fiction qui témoignent de l’histoire de nos sociétés. Dès 1947, Le cavalier de Croix Mort ou Une aventure de Vidocq avec Madeleine Robinson et Simone Valère, puis, en 1949, On ne triche pas avec la vie.

Mais c’est entre 1980 et 2000 que comédiens et équipes de tournage investirent régulièrement Saint-Benoît-du-Sault. En 1981, Serge Moati y tourna un film sur l’enfance, T’es grand et puis t’oublies, avec Raymond Bussières, Annette Poivre, Romain Bouteille… il y reviendra en 1988, ainsi qu’à Chazelet une commune voisine, avec La Croisade des enfants.

Dès 1986, Georges Wilson choisit Saint-Benoît-du-Sault pour y réaliser son premier film La Vouivre, une adaptation d’un roman de Marcel Aymé. Le tournage, en 1988, mobilisa un grand nombre d’habitants qui côtoyèrent quotidiennement Lambert Wilson, Jean Carmet, Jacques Dufilho, Suzanne Flon, Macha Méril  et tous les techniciens d’un grand film. A la même époque un metteur en scène allemand, Hans Werner, adapta un roman de Harald Hauser, Nadine mon amour, un plaidoyer contre la guerre. La réputation cinématographique  de Saint-Benoît engageait aussi, à cette époque, de jeunes réalisateurs en fin d’études à venir y réaliser de courts métrages, tel L’étreinte de Sylvie Ayme…

Quelques personnages qui appartiennent déjà à l’histoire

Les premiers sont évidemment les chroniqueurs religieux, Adrevald, Aimoin, André, Raoul…auteurs des Miracles de Saint-Benoît qui relatent les débuts de Fleury-sur-Loire et de Saint-Benoît-du-Sault.

Au quinzième siècle, on cite comme éminents les écrits de Philippe Prudhomme habitant de Saint-Benoît, relatifs à la Pragmatique Sanction de Charles VII qui limitait les pouvoirs du pape.

En 1689, le bénéfice du prieuré est attribué à l’aventureux Timoléon de Choisy, abbé et écrivain de talent, célèbre pour s’être très longtemps habillé en femme dans les cours princières, mais dont on pense qu’il n’est jamais venu dans l’établissement dont il était comandataire.

Au dix-neuvième siècle, l’astronome Hervé Faye, né au Prieuré, se fait connaître par sa découverte d’une comète qui porte son nom et ses travaux sur les cyclones et les tempêtes.

L’ingénieur  Bernard est connu pour avoir participé à la construction des ports de Cherbourg et de Toulon

Au milieu du dix-neuvième siècle, on doit au médecin Élie de Beaufort une importante étude historique et archéologique de Saint-Benoît et de ses environs qui fait autorité

Plus récemment, Sarah Caryth, disparue en s’est illustrée dans les arts de la danse et du cirque.

André de Brousse de Montpeyroux  (1910-1986), maire et conseiller général de Saint-Benoît-du-Sault, personnage controversé, est l’auteur de nombreux écrits autobiographiques et historiques.

De 1977 à 1999, Herbert Southworth, historien américain a poursuivi, dans une maison de la rue du Fort, ses études et publications sur la Guerre d’Espagne qui en font un personnage célèbre au-delà des Pyrénées.

Souhaitons que, dans l’avenir, d’autres habitants ou natifs de Saint-Benoît s’illustreront par leurs travaux ou leurs actions…